Pourquoi les arbres sont devenus mon langage artistique
- Patchacha
- 4 juil.
- 4 min de lecture
Aujourd'hui, les arbres reviennent sans cesse dans mes tableaux. Pourtant, pendant longtemps, je marchais à leurs côtés sans vraiment les voir.
On me demande souvent « pourquoi peindre des arbres », mais ce n'est pas seulement un sujet que j'ai choisi de peindre. Peu à peu, ils sont devenus une manière de regarder le monde, puis un véritable langage artistique.
Je vivais entourée d'arbres sans vraiment les voir
Entre balades en forêt et jardinage, je passais beaucoup de temps libre dehors lorsque j’étais enfant. Plus tard, les parcs parisiens sont devenus pour moi des bouffées d’oxygène après des journées de travail intenses. A mon arrivée en Bretagne, c’est encore les espaces boisés que j’ai cherchés.
Mais pendant longtemps, je marchais au côté des arbres sans vraiment les voir.

Le jour où mon regard a changé
J’ai appris à regarder les arbres au fil de mes travaux de teinture : une écorce pour préparer un mordant, un bois pour sa couleur, une feuille pour sa forme… Peu à peu, j’ai découvert les arbres plus en profondeur.
De compagnons indispensables mais un peu invisibles, ils sont devenus des complices de création.
Mes marches méditatives au cœur des bois sont progressivement devenues des marches d'observation et d’attention.
Puis est venue une violente tempête, avec des arbres à terre. Cela m’a profondément touchée. Force, fragilité, puis résilience. Mon regard sur les arbres a changé. Là où je ne percevais qu’une silhouette, j’ai trouvé une présence.
Ce que je vois dans un arbre aujourd'hui : la signification profonde de ma peinture
Aujourd'hui, lorsque je marche, mon regard s'arrête spontanément sur les lignes d'un arbre. Je remarque la façon dont les branches se déploient, les équilibres parfois improbables, les trouées de lumière entre les ramures.
Regarder un arbre pour moi, c’est contempler l'équilibre parfait entre deux mondes. C’est voir sa charpente s’ancrer avec force dans la terre par des racines profondes, tandis que sa ramure s'élance avec une infinie élégance vers le ciel. Il devient ce trait d'union physique entre le sol et la lumière.
Mais ce qui m’émeut le plus désormais, c’est son paradoxe : l'arbre est un mouvement immobile. Sous son écorce, même en plein hiver lorsqu'il semble au repos, une vie intense palpite en silence. La sève circule, et sous terre, un réseau invisible de racines tisse des solidarités secrètes. C’est cette vie silencieuse qui m’apaise. Elle me rappelle que la force n'a pas besoin de faire du bruit.

Pourquoi ils sont devenus mon langage artistique
Si les arbres sont restés au cœur de mon travail, ce n'est pas seulement pour ce qu'ils symbolisent.
Ils répondent aussi à une question qui traverse toute ma recherche artistique : comment faire dialoguer liberté et structure ? Comment relier, sur la toile, le fond et la forme ?
Pour y répondre, mon processus créatif d’artiste peintre est devenu un rituel en trois temps, une lente conversation avec le vivant.

Tout commence par une photographie, souvent en hiver. Devant l'arbre nu, je cherche à capter son élégance pure, son ossature. J'ai la sensation de toucher à son essence même, à ce qu'il a de plus essentiel. C'est cette structure graphique qui, de façon purement intuitive, me souffle une couleur, une palette, une direction.
Vient ensuite le moment du fond, une étape de pur lâcher-prise. Je déchire des papiers, j'assemble des fragments colorés. Mes mains répondent aux formes aperçues sur la photo, mais sans que l'esprit n'intervienne. Je cherche simplement à créer un espace qui respire, à disposer les touches de couleur pour qu'elles laissent toute sa place à la future silhouette de l'arbre. Je superpose, j'ajuste, jusqu'à ce que l'ensemble résonne profondément en moi, en harmonie avec le paysage que je porte en mon cœur.
Le point culminant, c'est la "fusion" : le moment où la structure de l'arbre vient rencontrer ce fond vibrant. C'est un instant magique qui laisse une immense place au hasard. Lorsque la partie graphique vient rejoindre le fond, il y a toujours une part de mystère, une heureuse surprise. Je ne sais jamais avec certitude comment les motifs et les teintes de mes papiers vont se révéler à travers les branches.
C'est le point de rencontre exact entre l'organisation et l'inattendu.
Une invitation à l'intériorité face à un tableau d'arbre contemporain
En laissant ce sujet guider mes mains, j'ai grandi en même temps que mes œuvres. Ma perception du rôle de l'arbre, son impact sur moi et sur ceux qui regardent mes tableaux ont profondément évolué. L'arbre est devenu le miroir de ma propre vulnérabilité et de ma force.
À travers lui, ma recherche en peinture contemporaine a trouvé sa cohérence, me conduisant vers ce qui me touche le plus aujourd'hui : l'ancrage, la fragilité, la permanence et le temps.

Le végétal est le cœur d’une « inspiration nature », mais je ne cherche définitivement pas à peindre un arbre.
Je cherche à transmettre ce que sa présence provoque en moi.
Si, après avoir regardé mes tableaux, vous prenez un instant pour lever les yeux vers les branches au-dessus de vous, alors le dialogue est engagé.



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