Dans les coulisses de mon exposition à Quimper : peindre la force des arbres
- Patchacha
- 10 avr.
- 3 min de lecture
On imagine souvent qu’une exposition commence le jour du vernissage, lorsque les cadres sont alignés et les lumières réglées. Pour moi, elle commence bien avant. Dans le silence de l’atelier, et dans ce moment un peu flou où les œuvres ne sont plus tout à fait en train de naître… mais pas encore prêtes à être montrées.
À quelques jours de ma prochaine exposition à Quimper, je finalise la sélection des tableaux. C’est une étape à la fois très concrète (choisir, écarter, organiser...) et profondément intérieure. J’ai eu envie de vous en ouvrir les coulisses. Non pas pour parler technique, mais pour partager ce qui se joue réellement, à cet endroit fragile où un travail quitte l’atelier pour rencontrer d’autres regards.
Le point de bascule : quand tout a changé
Il y a un peu plus de deux ans, une tempête d’une rare violence a traversé la Bretagne. Des arbres que je pensais immuables ont été déracinés, brisés, à terre.
Je me souviens très précisément de ce moment. Ce n’était pas seulement un choc visuel. C’était presque physique. Comme si quelque chose d’essentiel venait d’être touché.
C’est là que mon travail a basculé.
J’ai ressenti le besoin de dessiner l’arbre nu. Dépouillé de ses feuilles, il révèle ce qui ne se voit pas toujours : sa structure, sa tension, son architecture. Une forme de vérité.

Depuis, mon travail de peintre s’est progressivement recentré autour de cette présence végétale. Aujourd’hui, en tant qu’artiste peintre à Quimper, je poursuis cette recherche à travers des tableaux contemporains inspirés par la nature et les arbres de notre région.
Choisir, c'est renoncer (et accepter de douter)
Préparer une exposition, c’est faire des choix. Des choix parfois très simples… et d’autres beaucoup plus difficiles.
Ces derniers jours, j’ai déplacé plusieurs fois les mêmes tableaux dans l’atelier. Certains auxquels je tiens restent finalement de côté. Non pas parce qu’ils sont moins réussis, mais parce qu’ils ne s’inscrivent pas tout à fait dans l’ensemble.
Pour cette exposition, j’ai décidé de suivre une ligne claire : le végétal, rien que le végétal.

Cela m’a amenée à écarter des paysages, des bords de mer, avec de l’eau uniquement, que j’aimais beaucoup. Ce sont des renoncements discrets, mais réels.
Le doute ne porte pas sur la valeur d’une œuvre. Il porte sur sa justesse dans un ensemble. Est-ce qu’elle participe à ce que je veux transmettre ? Est-ce qu’elle renforce ou affaiblit l’ensemble ?
Une exposition, au fond, n’est pas une accumulation. C’est une composition.
Regarder autrement
À travers ces tableaux, je cherche moins à représenter un arbre qu’à en faire ressentir la présence.
Comment traduire la force d’un chêne ou d’un pin à partir de formes épurées, de silhouettes réduites à l’essentiel ?
Souvent, je choisis des perspectives vues de dessous. Comme si l’on était allongé au sol, à regarder vers le ciel. Ce point de vue change tout : il invite à lever les yeux, à ralentir, à se situer autrement.

Peut-être à se sentir plus petit. Mais pas diminué. Plutôt remis à sa place, dans un rapport plus juste au vivant.
Si ces tableaux peuvent offrir cela, un instant d’ancrage, une respiration, alors ils trouvent leur sens.
De "mes arbres" aux "vôtres"
Les arbres que je peins ne sont pas abstraits. Ce sont ceux que je croise lors de mes balades, en Bretagne, autour de Quimper : au bord des chemins, près des rivières, sur les côtes.

Vous en reconnaîtrez peut-être certains.
Mon souhait n’est pas de les reproduire fidèlement, mais de prolonger leur présence autrement. Et peut-être, en sortant de l’exposition, de vous amener à regarder différemment l’arbre au bout de votre rue.
À côté des formats plus grands, j’ai également préparé une série de petits tableaux. Je les ai pensés comme des fragments de paysage, des présences discrètes, comme autant de petits souvenirs après une balade dehors, comme des rappels silencieux de moments heureux.
Pourquoi j'ai besoin de vous ?
On me demande parfois pourquoi continuer à exposer, à l’heure où tout peut se montrer en ligne.
La réponse est simple : une œuvre ne vit vraiment que dans la rencontre.
Tant qu’un tableau reste dans l’atelier, il fait partie de mon dialogue intérieur. C’est en le montrant que quelque chose s’ouvre.
Un regard qui s’attarde. Un mot échangé. Une personne qui parle de calme, de poésie, d’apaisement.
Ce sont ces moments-là qui donnent tout son sens à mon travail.

Le lien entre l’humain et le végétal est toujours là. Il suffit parfois d’un regard pour le réveiller.
Exposition Quimper - Informations pratiques
Ces œuvres seront visibles à partir du 20 avril à Quimper, au Grand Atelier, rue du Frout. L’exposition sera ouverte tous les jours de 11h à 18h jusqu’au 10 mai.
Peut-être aurons-nous l’occasion de les regarder ensemble ?


bonne exposition, c'est certain voir "en vrai" ça change tout !